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"Le Nouvel Observateur - 13 avril 2013

Système Castafiore : arrivée dans l'au-delà

« Renée en botaniste dans les plans hyperboles» : une évocation lumineuse du passage de la vie à la mort.
De tous les spectacles créés par la compagnie Système Castafiore de Marcia Barcellos et Karl Biscuit,celui-ci, qui porte le titre joliment sibyllin de «Renée en botaniste dans les plans hyperboles », est sans doute le plus parfait, le plus abouti sur le plan formel.

Des effets lumineux remarquablement maîtrisés, d'une grande beauté et toujours étonnants, prenant appui sur une scénographie aussi simple qu'ingénieuse (Jean-Luc Tourné et Emmanuel Rameaux), constituent un décor insolite et mouvant à une mise en scène toute en délicatesse et en poésie.
Dans la magie de cet univers visuel si finement élaboré, la danse s'épanouit comme un joyau dans un écrin irréel et ses personnages fantasmagoriques y évoluent comme en songe.

Plénitude lumineuse

Il semblerait vain de vouloir cerner avec des mots un spectacle évoquant justement l'indéfinissable, l'inexprimable :
cet état pour nous encore si mystérieux qui s'instaure à la charnière de la vie et de la mort, ce passage progressif de l'état de conscience et de souffrance terrestres à cette plénitude lumineuse, à ce maelström d'images qui saisissent ceux qui glissent vers la mort et que décrivent unanimement les rescapés qui par aventure en sont revenus.

A l'image d'Atala

Car malgré son titre étrange ne permettant pas au premier abord de soupçonner de quoi traite ce spectacle, celui-ci évoque cet état indéfinissable, ce détachement des choses d'ici bas qui donne le sentiment de s'envoler, de glisser vers cet au-delà qui demeure le plus irrémédiable des mystères.
On évolue dans le domaine des limbes que suggère à merveille le premier tableau de l'ouvrage où l'on découvre une femme sur son lit d'agonie, semblant flotter dans une matière impalpable et lumineuse, comme étendue entre deux eaux, dans cette position languissante et abandonnée que le peintre Girodet prête à l'héroïne de Chateaubriand dans « les Funérailles d'Atala ».
Même lumière opalescente, même état serein et définitivement détaché des contingences humaines, même transfiguration.

Un au-delà mystérieux

« Dans l'antichambre du royaume des Enfers, les messagers du monde souterrain s'apprêtent à accueillir Renée.
Un dernier souffle avant de basculer dans un au-delà mystérieux, avant que les fantômes de l'existence,les créatures surgies des confins du temps accompagnent ce voyage sans retour » suggèrent les auteurs.
C'est en effet tout cela que dessine cette étrange évocation de la vie après la mort.
Et c'est la remarquable alliance de l'univers des sons, des lumières, de la chorégraphie qui fait tout le prix du spectacle de Système Castafiore.
Il touche là à une plénitude formelle qui le rend simplement admirable.

Raphaël de Gubernatis